Commissaire
Luc Tuymans

 

Feuilleton
par Luc Tuymans, Commissaire

L’idée d’Angel Vergara, consistant à proposer le rôle de commissaire à un artiste, qui de plus est issu d’une autre communauté linguistique, m’a motivé car c’est un signe fort vis-à-vis de la situation politique actuelle et pour la représentation de la Belgique à la Biennale de Venise. Lorsque Angel a avancé sur le contenu de son projet, cela a non seulement fait grandir mon intérêt mais m’a définitivement persuadé de m’engager à ses côtés.

 

Bien que ma propre méthode de travail puisse paraître beaucoup plus traditionnelle que celle d’Angel, en ce qui concerne le contenu il y a clairement des convergences. Comme Angel, je n’ai jamais travaillé de manière purement formelle mais plutôt à partir de ma fascination et de mes recherches sur les relations entretenues par le pouvoir des images face à un ordre socioculturel plus large.

 

L’exposition qu’Angel Vergara a imaginée est principalement une réflexion basée sur le thème des sept péchés capitaux, comme par exemple, l’envie, la colère, la paresse intellectuelle... Utiliser ce thème comme leitmotiv appliqué à la société actuelle, c’est véritablement inoculer une sorte de virus dans l’éventail des images que l’actualité nous livre dans toute leur trivialité.

 

Sur les sept écrans de la grande frise qui constitue l’œuvre centrale du projet d’Angel, les images qu’il s’approprie sont montées à une cadence répétitive pour finalement être virtuellement attaquées par le pinceau et la peinture, amplifiant ainsi l’apparente impuissance du geste même.

 

En liant la peinture à l’image médiatisée, de nombreuses connotations fondamentales sur l’Image et son iconographie occidentale apparaissent. En ce sens, le projet d’Angel Vergara est une sorte de never–ending story postulant une recherche totale. Les images sont répétées, posées, surimposées et font ainsi surgir une réalité fantôme.

 

Dans les espaces environnant l’espace central du Pavillon, différentes peintures sur verre seront autant d’œuvres autonomes et, en même temps, une réminiscence indirecte de la grande frise de l’espace central.

 

Le titre du projet est Feuilleton car ce mot porte en lui la multitude des liens et aussi l’idée de l’infini des possibilités.

— Luc Tuymans