Alignés dans une semi pénombre, sept écrans, sept montages vidéo qui sont autant d’actions, de courtes séquences qui imposent leur rythme et captent toute l’attention. Ces images nous sont familières. Consciemment ou non, elles nous projettent dans un univers bien codé, celui des séries policières omniprésentes sur nos écrans. Issues du flux permanent de l’univers télévisuel, elles sont montées à la manière d’un générique, d’une amorce, d’un « hameçonnage » du regard, elles fixent l’attention... Ces sept vidéos sont pourtant les mêmes, elles jouent de la répétition, du refrain et cependant, chacune d’entre-elles bifurque, elles diffèrent dans la similitude.

Ces sept écrans sont aussi les sept péchés !

C’est d‘abord un dispositif visuel qui occupe toute la grande salle avec sept projections simultanées qui fonctionnent sur un même alignement. Les écrans sont accrochés en hauteur, installés comme dans un lieu de culte, proches du ciel... J’ai conçu leur format pour que l’image intègre physiquement le spectateur.

 

 




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La ritournelle
Les images appartiennent à un quotidien visuel qui résiste à toute détermination précise. Elles ne tirent pas leur existence d’un environnement qui leur servirait de preuves, mais d’un faisceau d’indices qui finalement se chevauchent et se neutralisent. Elles se mêlent à l’espace et au temps, s’activent et se figent en des contours indéfinissables et rendent ainsi toute frontière difficile. Elles finissent par se fondre dans le regard qui les saisit, par ne faire plus qu’un avec lui, renonçant ainsi aux privilèges d’une économie narrative qui parviendrait à les modeler. C’est ce regard qui devient image. Cette image surgit comme une pointe inattendue qui transperce les strates successives d’un duel opposant transparence et apparence, surface et profondeur, intrigue et évidence. Et c’est l’effet de ritournelle qui fixe notre attention sur ce qui se joue réellement, sur ce qui surgit au premier plan et qui finalement particularise chacune des séquences : la peinture en action !

Mon idée est de monter les images sous forme d’enquête policière dont tous les indices, les pièces à conviction, nous entraînent vers une résolution de l’intrigue par la peinture. Chaque montage vidéo d’environ 5 mn part de la même base d’images, avec un lieu, des acteurs, des outils d’analyse, un rythme, une bande son... bref tous les éléments qui permettent de situer une histoire. Les images sont prélevées dans l’actualité et dans toutes sortes de fictions ou d’archives. Dans chaque petit film, il y a une forme d’insistance sur un péché particulier, mais le refrain reste le même et cet effet de répétition est amplifié par la gestuelle du peintre.
C’est la superposition, le mélange des genres qui me motivent, ce sont des couches de différentes réalités qui se superposent et fonctionnent comme un fond transparent et mobile. Tout y est traité en noir et blanc, ce qui permet une distance, des contrastes, un grain particulier, une certaine qualité et surtout accentue l’espace entre les images qui défilent et la peinture qui vient s’y accrocher, cela fait sortir la couleur.

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Face aux sept projections de la grande salle, dans « le dos » des spectateurs, deux écrans diffusent en couleur deux séquences en écho aux actions. Elles fonctionnent comme une forme d’insistance, un effet de microscope qui nous introduit dans l’intimité de l’image...

Pour moi, peindre dans le temps des images, c’est montrer une peinture « occupée » à se faire, une peinture qui met en relation, qui se nourrit des images, les souligne, épouse ou refuse leur mouvement, et peu à peu les "met en absence" pour gagner une autonomie, comme une chorégraphie visuelle qui se sert du temps, c’est là, ça semble se fixer mais ça reste vivant.