Pavillon belge

Biennale des Arts visuels de Venise 2011

 

 



Mesdames et Messieurs,

 

Bienvenue dans ce magnifique pavillon que la Belgique occupe depuis 1907 et dont chaque année, depuis près de 40 ans, les Communautés française et flamande se partagent les clés.

 

Permettez-moi tout d’abord d’excuser l’absence de Fadila Laanan, la Ministre de la Culture de la Communauté française devenue depuis peu la Fédération Wallonie-Bruxelles. Fadila Laanan a tenu à visiter l’exposition hier mais elle a dû rentrer à Bruxelles pour honorer d’autres obligations.

 

Je voudrais remercier la Ministre de la culture pour l’aide substantielle qu’elle a bien voulu accorder à cette manifestation ainsi que Wallonie-Bruxelles International, l’organisme qui soutient les initiatives de la Fédération Wallonie-Bruxelles à l’étranger. Je remercie également, pour leurs contributions, la Région de Bruxelles-Capitale ainsi que les sponsors : les Assurances Eeckman, Vidisquare, Far, les galeries Marie-Puck Broodthaers de Bruxelles et Cortex Atlético de Bordeaux.

 

Mesdames, Messieurs,

 

Dans la droite ligne de ce qu’a voulu Angel Vergara en demandant à Luc Tuymans d’être le commissaire de cette exposition, il n’y a dans ce pavillon belge aucune frontière et en particulier aucune frontière entre Communautés, aucune frontière entre Flamands et Francophones.

 

We zullen voor de eerste keer de specifieke promotie van de werken van Angel Vergara in Vlaanderen kunnen genieten, dankzij onze collega’s van de Administratie van de Vlaamse Gemeenschap en BAM, het Instituut voor Beeldende, Audiovisuele en Mediakunst, die ik begroet en met wie een partnerschapsverband op langere termijn nu reeds wordt overwogen. Op dezelfde wijze zal de Franse Gemeenschap de Vlaamse kunstenaar promoten die in 2013 in het paviljoen aanwezig zal zijn.

 

Et puis, n’oublions pas la troisième Communauté de notre pays, ici aussi présente puisque dans le cadre du partenariat avec le centre d’art de la Communauté germanophone, l’Ikob, une exposition préalable à celle-ci a pu être montrée au public belge et allemand de cette région transfrontalière.

 

Mesdames, Messieurs,

 

La Fédération Wallonie-Bruxelles est fière de soutenir à Venise depuis 1972 les artistes de notre Communauté et fière aujourd’hui de vous présenter l’œuvre d’Angel Vergara que vous allez découvrir ici. L’œuvre d’un tout grand artiste qui je l’espère profitera au mieux de cette formidable caisse de résonance qu’est la biennale de Venise.

 

Angel Vergara a été sélectionné par un jury composé de personnalités belges et internationales, multilingue et multiculturel, sur base de dossiers préparés par le service des arts plastiques du Ministère de la Communauté française.

 

Angel Vergara, quant à lui, a eu l’excellente idée de s’adjoindre la collaboration du commissaire Luc Tuymans, lui-même artiste, lui-même présent comme artiste ici dans ce pavillon en 2001. C’est une volonté affirmée d’Angel Vergara depuis le début de sa carrière d’associer d’autres artistes à sa démarche et de les inclure dans son processus créatif. Dès lors, le choix du grand artiste qu’est Luc Tuymans, que je tiens à remercier chaleureusement pour son travail en tant que commissaire de cette exposition, me paraît constituer une suite logique de cet engagement.

 

Mesdames, Messieurs,

 

Je ne suis pas critique d’art et d’autres parleront mieux que moi de l’œuvre d’Angel Vergara. Permettez-moi simplement de partager avec vous quelques réflexions.

 

Situer l’art dans la vie et l’environnement social, analyser les relations entre le pouvoir des images et l’ordre socioculturel environnant, demeurer à l’écoute, capter l’essence des contradictions et nous mettre en garde contre les réalités tronquées, constituent autant de démarches essentielles de l’artiste. Pour ce faire, il n’hésite pas à endosser différents rôles et à développer différentes pratiques artistiques qui nous sont données à voir, aujourd’hui réunies, en cette exposition. On citera en premier lieu les performances de son double, Straatman ( L’homme de la rue), ensuite, la peinture en mouvement sur vidéo, les tableaux « abstraits » sur verre, ou encore les peintures murales, qui trouvent leur inspiration dans la culture populaire.

 

A l’instar d’un autre grand artiste francophone, Marcel Broodthaers, il est, dans cette posture qui se rattache à l’art d’attitude, à la fois performeur, manifestant et artiste.

 

Cette culture de la performance, qui affirme la primauté de l’acte ou, si l’on préfère, de l’action performative sur la forme, se décline par le geste de la main de l’artiste qui, avec son pinceau, passe et repasse sur les images vidéos qui nous sont données à voir dans la grande frise centrale du pavillon, sorte de grand écran public de cinéma où défilent les images d’actualité et de faits divers. Sa main qui court au-dessus des images animées adopte un langage discursif, semble prendre des notes au vol ; elle trace et efface en même temps, elle souligne certains traits et caractéristiques du sujet pour ensuite mieux les faire disparaître.

 

Ce travail subtil de décodage se veut en même temps recomposition, réinterprétation. De la sorte, le geste même du peintre permet de nous mettre à distance du pouvoir fascinant et parfois trompeur des images qui nous submergent quotidiennement. Le geste du peintre permet d’interrompre le flux continu des images vidéos, ce feuilleton permanent, et permet précisément à l’imaginaire du spectateur de se mettre en marche, d’amener d’autres images mentales, tout en suscitant des interrogations et de nouvelles interprétations.

 

En résumé, et pour conclure, cette gestuelle ne se contente pas de capter ou de souligner une réalité fragmentée, elle amène à un éveil et une prise de conscience de la force et de la signification des images.

 

A l’opposé des discours populistes ou de certains discours identitaires qui jettent un voile caricatural et réducteur sur une réalité complexe, un peu comme une mise en garde, Angel Vergara nous montre que le flux continu d’images et d’informations auquel aujourd’hui chacun a accès ne nous donne que l’illusion d’être en permanence connecté à la réalité. Si l’on n’y prend garde, il émousse notre curiosité et endort notre esprit critique.

 

Par son travail, par sa volonté de s’associer à Luc Tuymans, Angel Vergara nous dit toute la richesse de la déconstruction des a priori, des cases et des codes qui enferment, la richesse de l’ouverture à l’autre, la richesse des changements de point de vue, la richesse des mélanges, la richesse du dialogue.

 

A l’heure où en Belgique comme dans beaucoup d’autres endroits du monde, certains ont tendance, en partant d’à priori et de fausses certitudes, à enfermer l’autre Communauté, l’autre peuple, l’autre camp dans une image caricaturale, réductrice et figée, le travail d’Angel Vergara me paraît être d’une profonde actualité.

 

 

Je vous remercie.

 

 

 

Frédéric Delcor,
Secrétaire général de la Communauté française
Wallonie-Bruxelles